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Coups de coeurs

"Le rire des déesses" d'Ananda Devi

10 octobre 2023

Disponible à la bibliothèque-médiathèque sous la cote : DEVIdevi

Coup de coeur de Viviane Aebi, enseignante de français au collège Ste-Croix

La révolte des déesses

Avec le Rire des déesses, Ananda Devi brosse brosse un tableau sombre et éclatant de l’Inde contemporaine.

C’est une petite fille qui n’aurait pas dû naître et que sa mère, Veena, cache quand elle reçoit des clients; elle s’interdit de l’aimer pour ne pas s’attacher et ne l’a pas nommée. La petite grandit pourtant, entourée par les prostituées de la Ruelle, quartier sordide d’une ville pauvre du Nord de l’Inde, dont Ananda Devi brosse des portraits sensibles. Et puisqu’elle n’a pas de nom, elle se baptise elle-même: ce sera Chinti, la fourmi. Comme ces insectes, elle fait son nid derrière une cloison. Gracieuse et lumineuse, elle conquiert aussi le cœur de Sadhana, narratrice du Rire des déesses: une hijra, femme née dans un corps d’homme et devenue guru de sa communauté traditionnelle.

Le décor est planté. Tout bascule quand Shivnath, saint homme manipulateur et corrompu, tombe amoureux de la fillette âgée d’une dizaine d’années et la kidnappe, la présentant comme la nouvelle incarnation de la déesse Kali…

C’est sans compter les femmes de la Ruelle. Le «rire des déesses» est un cri de ­révolte, une déclaration de guerre, un défi lancé à la face dun monde d’hommes qui les méprisent par ces exclues qui découvrent la puissance de la sororité et de la colère. Des bas-fonds insalubres à Bénarès la sacrée vouée à l’industrie de la mort, lieu de toutes les idolâtries et de tous les espoirs, Ananda Devi brosse un tableau sombre et éclatant de l’Inde contemporaine, revisitant des thèmes brûlants à la lumière de traditions millénaires: la place des femmes, les questions de genre, le pouvoir de la religion, la domination des hommes, la pédophilie. Née à l’Ile Maurice, ethnologue et traductrice, elle est invitée samedi au premier Festival du LÀC, dans la campagne genevoise. Anne Pitteloud

lecourrier.ch, 01.10.2021